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Sidi bou Saïd : Colline fragile, patrimoine en danger...

La colline de Sidi Bou Saïd glisse... Ce n’est plus une hypothèse.

Depuis deux semaines, le risque d’effondrement de bâtisses à Sidi Bou Saïd refait surface, ravivé par de fortes intempéries qui mettent à nu la fragilité d’un site emblématique. Fissures, affaissements, zones instables : la colline inquiète, les habitants s’alarment, les experts craignent le grave, si ce n' est le pire.

Pourtant, cette menace n’a rien de soudain. Elle était connue, documentée et signalée, depuis les années 1950. Trois quarts de siècle déjà...des mouvements de terrain ont été observés et analysés à Sidi Bou Saïd. Aujourd’hui, le danger est revenu brutalement sur le devant de la scène, après des décennies d’alertes, d’études et de...réponses partielles.

La nature fragilisante de la colline

Par sa situation géographique, la falaise de Sidi Bou Saïd est exposée en permanence à l’action de la mer. Un phénomène naturel ancien, mais loin d’être anodin. Au fil des années, plusieurs glissements de terrain ont été observés, souvent déclenchés par les intempéries, l’érosion marine et, plus discrètement, par l’action du vent, qui façonne en profondeur la dynamique du paysage et la configuration de la colline.

Cette fragilité a été mise en lumière par les dernières pluies. Dans une déclaration à Mosaïque FM, le professeur Chokri Yaiïch a confirmé que les précipitations récentes ont agi comme un révélateur d’un déséquilibre déjà existant. Selon lui, la colline est composée de sols argileux pauvres en roches dures, naturellement peu cohésifs. L'eau de pluie s’infiltre, ramollit les couches superficielles et accélère leur délitement. Lorsque ces sols gonflent, la stabilité du terrain est compromise, ouvrant la voie à des glissements partiels.

Actuellement, ces mouvements restent limités et localisés vers la façade est de la colline. Mais le signal est clair. À cette fragilité terrestre s’ajoute une pression maritime constante. En fait, lors des tempêtes, les vagues frappent la base de la falaise, grignotant peu à peu sa butée naturelle et fragilisant l’ensemble.

L’homme, un accélérateur silencieux

Si la nature fragilise la colline, l’homme accélère sa dégradation. Site touristique majeur, Sidi Bou Saïd subit une pression constante liée à l’occupation humaine et à la fréquentation quotidienne de milliers de visiteurs. Cette surcharge agit directement sur les versants déjà vulnérables.

Les routes à fort trafic constituent un facteur aggravant. Autrefois stables, certains segments sont aujourd’hui considérés à haut risque. L’augmentation des charges, les tassements différentiels liés aux travaux et les vibrations provoquées par le passage répété des véhicules favorisent les glissements.

L’instabilité n’est pourtant pas nouvelle. Dès 1953, le géologue Gilbert Castany signalait des mouvements de terrain sur le flanc nord-est de l’éperon du Cap Carthage. Il décrivait des pentes instables et des éboulis descendant lentement vers la mer. Ces observations ont été confirmées par des études géotechniques ultérieures, qui ont révélé la présence de loupes de glissement anciennes et l’apparition d’un réseau dense de fissures, affectant aussi les infrastructures existantes.

Conscientes du danger, les autorités ont, suite aux intempéries, pris des mesures préventives, comme l’interdiction de circulation des bus et des camions de gros tonnage au niveau de l’abri Sidi Azizi, pour limiter les pressions mécaniques sur un secteur devenu particulièrement sensible

Hier et aujourd’hui : urgence et mesures face aux glissements

La colline de Sidi Bou Saïd n’est pas un territoire nouveau pour les glissements de terrain. Depuis les années 50, plusieurs mouvements ont été recensés, notamment en 1953, affectant le flanc Nord-Est et des zones emblématiques comme le poste de guet ou le phare. Des études menées dans les décennies suivantes ont confirmé que certaines zones, fragilisées par les remblais, les routes et l’occupation humaine, étaient particulièrement vulnérables aux glissements.

Mais les intempéries récentes ont réveillé ces risques latents. Les pluies intenses des derniers jours ont provoqué de nouveaux glissements, notamment autour du palais Ennejma Ezzahra, entraînant sa fermeture temporaire et révélant la fragilité profonde des sols argileux et saturables de la colline.

La Protection civile a recommandé des évacuations temporaires pour certaines familles exposées, soulignant que le risque n’est plus ponctuel mais structurel. La Société civile, représentée par Sadok Jerbi, a également appelé à une intervention urgente, rappelant que ces risques sont connus depuis des décennies et qu’ils nécessitent désormais une approche globale, combinant interventions techniques, études géotechniques et surveillance continue.

Alors que les pluies ont révélé la fragilité de la colline et que les glissements se répètent, une question demeure : combien de temps encore Sidi Bou Saïd pourra-t-il résister avant que l’histoire et la nature ne nous révèlent brutalement leur puissance ?

(D'après le dossier proposé pour le classement de Sidi Bou Saïd dans le patrimoine international de l'UNESCO)

Dorsaf Laameri